jeudi 9 décembre 2010

Entre deux avions - Une question d’éthique et de fair play.

Je suis en escale à Montréal pour quelques semaines suite à un séjour de plusieurs mois en Europe et je repars bientôt pour l’Australie jusqu’à l’été prochain.

Bien que ce ne fut une surprise puisque la technologie permet de garder le contact presque aussi bien que si j’étais à la maison, le niveau de pessimisme ambiant était perceptible dès notre arrivée à l’aéroport Trudeau. De quoi parle-t-on dans les rencontres, avec les collègues et clients et même dans les réunions de famille? Crise politique avec un gouvernement en perte de popularité évidente, odeur de corruption et collusion dans les milieux de la construction et municipaux, le CHUM en PPP ou pas (encore!), les compressions budgétaires dans les services gouvernementaux et les réseaux de services publics en raison des déficits publics et encore et encore.

Tout cela suscite cependant une certaine réflexion sur l’éthique en affaire, la saine compétition et le fair play. Est-ce que l’odeur de l’argent facile, la dureté de la concurrence ou le manque de suivi et de stratégie de la part du client (particulièrement le client du domaine public) permettent des pratiques à la limite de la légalité, parfois carrément illégales ou immorales? Sous prétexte d’obtenir de meilleurs prix ou une plus grande qualité pour les biens ou les services livrés ou encore d’obtenir la disponibilité souvent hypothétique d’une expertise pointue, faut-il accepter la collusion, les manoeuvres d’affaires ambigües et le copinage avec les décideurs?

Est-il acceptable que des entrepreneurs soient exclus des processus d’appel d’offres sous prétexte que ce n’est pas leur territoire (que faisons-nous des ententes de libre-échange?) ou parce que l’on réclame des cautionnements de garantie exagérément élevés ou encore parce les entrepreneurs ne répondent pas à des exigences de qualification tels les processus ISO dont seules les grandes entreprises peuvent se permettre d’absorber le coût de réalisation pour le transférer aux clients.

Avec la concentration des entreprises dans les domaines de la construction, de l’informatique, de l’ingénierie, des télécommunications et même chez les avocats, comment les entreprises de petite ou moyenne envergure peuvent-elles vraiment concurrencer lorsque les dés semblent déjà pipés en toute bonne foi (pour la majorité) par les donneurs d’ouvrage publics sous prétexte de se donner une garantie de qualité et de se simplifier la vie.

La disparition des petites et moyennes entreprises de biens et services au profit des entreprises de grande taille est-elle le fruit d’une réelle compétitivité ou l’effet de stratégies d’affaires à la limite du fair play, de l’éthique et de la légalité?

Chacune et chacun d’entre-nous, dans notre environnement professionnel, sommes sans doute en mesure de répondre à cette question. Pour ma part, je me dis : heureusement que je pars à l’autre bout du monde bientôt, ce sera peut-être différent, qui sait!

Cette vidéo traite de la question du point de vue de la gouvernance publique.  Cette conférence a été donnée dans le cadre de l’Université populaire du Québec dans Hochelaga-Maisonneuve. C’est un peu long, mais je vous suggère de prendre le temps de la visionner si le sujet vous intéresse.

mercredi 8 décembre 2010

Encore WikiLeaks! Technologie ou psychologie?

Quel tollé mondial! Cette fois-ci, les fuites révélées par WikiLeaks touchent la planète entière. Tous ce sont exprimés sur le sujet, allant du président Obama en passant par les éditorialistes de tous les journaux et même un conseiller du premier ministre canadien, c’est peu dire.

Le phénomène a été commenté sous l’angle de la technologie faillible, des conséquences sur l’avenir des relations entre les États allant du dramatique au burlesque ou encore sur la présomption de la mise en danger de la sécurité personnelle d’un grand nombre de personnes dans le monde.

Au moment d’écrire ces lignes, rien de perceptible n’est vraiment arrivé. Bien sûr, il y aura sans aucun doute un nombre inhabituel de mutations de diplomates. Mais que penser de la mise en lumière des failles sur la sécurité dans les systèmes de traitement et d’entreposage des données sensibles? Évidemment, la fuite a été organisée et réalisée par un utilisateur autorisé, mais n’existe-t-il pas de système d’alarme lorsqu’un nombre anormal de données sont téléchargées, et ce, même par un utilisateur autorisé?

Qu’en est-il du militaire qui est la source de la fuite? Dans le cadre de ses fonctions, Bradley Manning avait accès à deux réseaux informatiques sécurisés utilisés par les militaires et les diplomates américains partout sur la planète. Il aurait donc copié des centaines de milliers de documents et les aurait envoyés au site web WikiLeaks, qui publie des fuites d'information tout en protégeant ses sources. S'il est reconnu coupable, le soldat pourrait être condamné jusqu'à 52 ans de prison.

Quel que soit le système d’information, quelles que soient la technologie, les alertes ou les procédures de sécurité, est-il possible de se prémunir contre le vol de données et le bris de la confidentialité? Quelles étaient les motivations de ce soldat? Serait-ce une nouvelle forme de whistleblowing (lanceur d’alerte)? L'expression lanceur d'alerte sert à désigner une personne ou un groupe qui découvre des éléments qu'il considère comme menaçants pour l'homme, pour la société ou l'environnement et qui décide de les porter à la connaissance d'instances officielles, d'associations ou de médias. À la différence du délateur, le lanceur d'alerte n'est pas dans une logique d'accusation visant quelqu'un en particulier, mais divulgue un état de fait, une menace dommageable pour le bien commun, l'intérêt public.

Bien ou mal, le traitement de l’information critique ne sera jamais plus le même.

Bulletin de liaison MonRéseau de novembre/décembre 2010

Le bulletin de liaison MonRéseau de novembre/décembre 2010 est maintenant disponible sur www.yvesbertrand.ca